La Grande Bataille du Feu et de la Lumière

Traduction officielle du Chapitre 1 de la série « The Story of Us » du blog Wait But Why par Tim Urban.

Ceci est le Chapitre 1 d’une série. Si vous découvrez la série, visitez la page d’accueil de celle-ci pour une table des matières complète.

Note : Ceci est le deuxième post de la série. Le premier est ici.

Partie 1 : Les Jeux de Pouvoir

Il y a beaucoup de nature humaine chez les gens. – Mark Twain

Chapitre 1 : La Grande Bataille du
Feu et de la Lumière

Le monde animal est un endroit stressant.

Le problème, c’est que le monde animal n’est pas vraiment un monde animal. C’est un monde constitué de centaines de milliards de brins d’information génétique, chacun d’eux étant totalement orienté vers l’immortalité. Et dans un univers qui veut transformer l’ordre en chaos dès que l’occasion se présente, toute immortalité – qui plus est celle d’un code génétique délicat et complexe – constitue une bataille sans répit. La plupart des gènes qui foulent le sol terrien ne durent pas très longtemps, et les gènes qui n’étaient pas assez doués au jeu de l’immortalité ont disparu depuis longtemps. Les gènes présents sur Terre aujourd’hui sont des miraculés, supérieurs à la fois en termes de motivation et de talent – des spécialistes de la survie tellement incroyables qu’ils ont aujourd’hui presque quatre milliards d’années et sont toujours dans la course.

Les animaux ne sont qu’un subterfuge de ces gènes survivants, des conteneurs temporaires conçus pour les transporter et les aider à rester immortels. Si les gènes pouvaient parler à leur animal, ils leur donneraient probablement quelques ordres simples :

Mais comme les gènes ne peuvent pas parler à leur animal, ils les contrôlent en les faisant fonctionner avec un logiciel spécialisé en survie.

Chez les animaux simples, ce logiciel est un programme automatisé qui exécute l’animal sur instinct. Chez les animaux plus complexes, il inclut également un certain nombre de sentiments – des outils avancés de manipulation du comportement, comme la douleur, le plaisir et la manipulation des émotions.

En déplaçant les curseurs des sentiments de son animal de haut en bas, le logiciel utilise les sentiments comme des rênes pour maintenir les objectifs de l’animal et ceux des gènes parfaitement alignés.

Les gènes ont besoin d’animaux pour conserver le plus d’énergie possible, donc par défaut, le curseur “épuisement” est en haut.

Lorsque tout va bien, le logiciel fonctionne en arrière-plan en mode économie d’énergie. Mais à un moment donné, l’animal commencera à manquer d’énergie, le logiciel passera alors à la vitesse supérieure et déplacera progressivement le réglage « faim » jusqu’à ce qu’il prenne le dessus sur le paramètre « fatigue ».
Les gènes ont besoin de leur animal pour se protéger. Le logiciel augmente donc le sentiment de peur lorsque celui-ci détecte un danger et provoque une douleur physique lorsque l’animal fait quelque chose qui le blesse.
Mais les gènes attachent une importance primordiale à la reproduction. Par conséquent, chaque fois que l’accouplement est possible, ils augmentent suffisamment l’excitation pour qu’elle prenne le pas sur tout le reste.

La vie sur Terre est une longue succession de conteneurs temporaires “animaux” transmettant des gènes à de nouveaux conteneurs, comme un témoin dans un relais sans fin. C’est un système de survie étrange, mais qui jusqu’à présent a plutôt bien fonctionné – du moins pour les gènes encore présents.

Et c’est génial pour les gènes. Mais c’est stressant pour les animaux.

Le problème est que les gènes eux-mêmes ne sont pas vivants, ils sont simplement une force de la nature – et les forces de la nature ne se soucient de rien. La gravité veut condenser la matière, donc c’est ce qu’elle fait. Elle ne se préoccupe pas du bien-être des atomes qu’elle condense. Si les atomes d’hydrogène situés au centre du soleil ne peuvent pas gérer le frottement, alors ils fusionneront en atomes d’hélium. La gravité s’en fout. Mais le point important, c’est que les atomes s’en foutent aussi. Au centre du soleil, personne ne se soucie de rien, donc tout va bien.

Les gènes sont comme la gravité – ils s’en fichent. Ils veulent rester immortels et ils poursuivront cet objectif aussi impitoyablement que la gravité écrase les atomes à l’intérieur des étoiles. Tout comme il y a un espace fini au centre d’une étoile, il existe des ressources finies dans le monde animal – terres finies, abris finis, nourriture finie, partenaires finis – qui font de l’épopée des gènes un jeu à sommes nulles. Le succès d’une espèce se produit presque toujours au détriment d’autres espèces. Et tout comme la gravité écrase sans relâche, les gènes cherchent à se multiplier sans relâche : une espèce performante s’étendra autant que possible jusqu’à ce qu’elle perde son avantage.

Lorsqu’une force inarrêtable consomme des ressources finies, quelque chose doit les produire. Dans une étoile, les atomes produisent de l’énergie en fusionnant en atomes plus gros. Dans le monde animal, les espèces animales produisent, en se transformant en quelque chose de nouveau, de nouvelles espèces mutées, ou s’éteignent la plupart du temps.

Donc, les gènes sont comme la gravité, mais les animaux ne sont pas comme des atomes.

L’évolution aveugle a doté les animaux de nouvelles techniques de survie, comme les sentiments, l’expérience subjective, et une sensibilité accrue, ce qui signifie que les animaux sont comme des atomes au centre d’une étoile… sauf qu’ils détestent être écrasés les uns sur les autres.

Pour les gènes, la souffrance animale est simplement un bon outil, d’où l’omniprésence de la souffrance dans le monde animal. Les gènes n’ont pas de grands principes, pas plus que le monde animal – les droits, le concept de bien ou de mal et le souci d’équité n’existent simplement pas pour eux. Les animaux se sont réveillés dans la chaleur d’un univers cocotte-minute, en train de jouer à un jeu ingagnable auquel ils ne s’étaient jamais inscrits, et c’est tout.

Du moins, c’était tout.

Il y a quelques millions d’années, les gènes qui peuplaient une population particulière de grands singes ont commencé à innover de manière inhabituelle en testant une amélioration de leur conteneur animal qui n’avait jamais marché auparavant: l’intelligence extrême . Tous les gènes précédents avaient laissé cette intelligence au placard, car son fonctionnement nécessitait une quantité d’énergie ridiculement élevée. C’est comme si une petite entreprise décidait d’embaucher un employé extrêmement qualifié qui n’acceptait que les offres supérieures à 1 000 000 € par an. Même pour l’employé le plus qualifié du monde, une petite entreprise en difficulté ne peut pas se permettre de payer 1 000 000 $ par an. Mais ces gènes de primates l’ont quand même essayé.

Ils ont évolué en une variété d’espèces d’hominidés, qui se sont toutes éteintes depuis, sauf une – une charmante espèce appelée homo sapiens. Pour elle, les progrès de l’intelligence se sont révélés être un atout de survie majeur. Par conséquent, ses capacités cognitives ont rapidement augmenté, menant à une panoplie de nouveaux outils brillants qu’aucun animal n’avait possédés jusqu’alors. Par un accident de l’évolution, les humains avaient acquis des super-pouvoirs.

Ils avaient acquis le super-pouvoir de la raison, qui leur donnait la capacité de résoudre des problèmes complexes, d’inventer des technologies sophistiquées, de concevoir des stratégies astucieuses et d’ajuster leur pensée en temps réel en fonction de l’évolution de leur environnement.

La raison a aiguisé la pensée humaine, en y introduisant la nuance et la logique. Elle a aussi altéré la motivation humaine – en mettant l’accent sur la distinction entre le vrai et le faux, la raison a fait de la recherche de la vérité un des moteurs humains fondamentaux.

L’humain avait également acquis le super-pouvoir de l’imagination, faisant de lui le premier animal au monde capable de fantasmer, de raconter des histoires et de rêver d’endroits qu’il n’avait jamais visité.

Mais le vrai pouvoir de l’imagination s’est révélé lorsqu’elle a été associée à la communication. Les humains avaient désormais le pouvoir de communiquer les uns avec les autres en utilisant un langage complexe, constitué de sons qui représentent des choses ou des idées – le langage humain, ce sont des êtres imaginant ensemble. C’est l’imagination auquel s’est ajouté la communication qui expliquent pourquoi les humains peuvent avoir une vision globale et faire des projets à long terme, ce qu’aucun autre animal ne peut faire.

La raison et l’imagination, lorsqu’elles sont combinées mènent à quelque chose d’encore plus incroyable. Sans imagination, les animaux ont du mal à réaliser que d’autres espèces animales sont également des créatures vivantes, traversant et ressentant la vie tout comme eux. Ils ne peuvent pas se mettre à la place d’un autre animal. Privés de raison, les animaux ne peuvent pas suivre la logique qui permet de réaliser que la vie des autres est tout aussi précieuse que la leur, et que la douleur et le plaisir des autres sont tout aussi réels.

Ces deux super-pouvoirs ont produit un troisième super-pouvoir qui, plus que tout autre, rend les êtres humains humains : l’empathie.

Le pouvoir de l’empathie a apporté avec lui des pouvoirs tels que la compassion, la culpabilité, la pitié, ou même la cluedonite. Plus important encore, avec la prise de conscience révolutionnaire que tous les animaux ont une valeur, est apparu le concept du bien contre le mal.

Ces super-pouvoirs ont pris place dans l’esprit humain en tant que nouvelles améliorations puissantes.

Mais il y a encore plus étrange.


La chose la plus folle à propos des nouveaux super-pouvoirs humains fut leur effet secondaire inattendu. Chacune des nouvelles capacités avancées fut semblable à un nouveau flux de potentiel mental qui une fois combinées, semblaient former comme un globe lumineux au centre de l’esprit humain.

Cette lumière était si brillante, si claire et si puissante que c’était comme si elle avait sa propre conscience – une conscience de soi, de l’humain dans lequel elle vivait, et du logiciel primitif fonctionnant en parallèle. Le cerveau humain avait développé un esprit qui pouvait penser par lui-même.

Jusqu’à ce développement, le Primitive Mind (l’Esprit Primitif) humain ressemblait à tous les esprits animaux – alimenté par une volonté génétique et géré par un logiciel archaïque, avec un seul but: l’immortalité génétique. Mais ce nouvel esprit était tout à fait différent, il fonctionnait indépendamment du logiciel de survie de l’homme.

Non seulement cet esprit dans l’esprit pouvait penser par lui même, mais il pouvait aussi annuler la volonté des gènes, annuler les commandes du logiciel et impulser le comportement humain.

Pour la première fois dans les débuts de la vie, un animal était plus qu’un animal : c’était un animal amélioré… quelque chose d’autre.

Appelons notre logiciel animal archaïque, qui est encore très présent dans notre tête, notre Primitive Mind. Et appelons cette nouvelle conscience, hautement avancée et indépendante notre Higher Mind (Esprit Supérieur).

Comme tout humain à qui vous parlerez en témoigner, deux esprits dans un seul animal est une situation étrange. Surtout que les deux esprits ne s’entendent souvent pas.

Le Higher Mind est rationnel, raisonnable et réfléchi. Sur son bâton se trouve la lumière de la conscience supérieure, et lorsque le Higher Mind est dans le siège conducteur de votre être, la lumière remplit votre esprit de clarté et de conscience de soi. La sagesse coule dans la tête du Higher Mind, et l’amour et l’empathie rayonnent de son cœur. Lorsque le Higher Mind réfléchit dans votre tête, ces rayons de lumière pénètrent directement dans votre esprit et dans votre coeur et les illuminent de la chaleureuse lueur de la conscience supérieure.

Le Higher Mind passe le plus clair de son temps du côté droit du panneau de commande avec les super-pouvoirs, absorbant leur énergie et les nourrissant de sa conscience.

Quand il y réfléchit – et il y réfléchit parfois – il se demande si tout cela est une erreur et s’il ne s’est pas retrouvé dans la mauvaise tête. Parce qu’il ne peut s’empêcher de remarquer qu’à côté de lui, en permanence, se trouve cette boule trépidante de duvet orange qui vivait ici quand il a emménagé.

Au fil des années, le Higher Mind en est venu à considérer le Primitive Mind comme un animal non intelligent. Mais il comprend également qu’il est important pour tout le système de laisser le Primitive Mind obtenir ce dont il a besoin pour sa petite vie d’animal de compagnie – dans une certaine mesure. Le Primitive Mind est infiniment gourmand, totalement inexpérimenté, et le Higher Mind a appris à ses dépens que le Primitive Mind doit être maîtrisé. En tant que seul adulte dans la pièce, le Higher Mind fait ce qu’il peut en essayant de garder un œil sur le Primitive Mind et de s’assurer que tout ce qu’il fait sur son côté du panneau a un sens et est conforme au plan global.

Pendant ce temps, le Primitive Mind ne sait pas que le Higher Mind existe. Le Primitive Mind ne sait même pas que le Primitive Mind existe. Le Primiritive Mind est un logiciel – programmé par évolution pour servir la volonté de vos gènes. Dans sa main, le Primitive Mind porte votre flamme primordiale – la volonté brute de vos gènes animaux de survivre.

Le Primitive Mind ne se soucie pas de vous, pas plus que la gravité ne se soucie des atomes. C’est juste un camionneur qui transporte une cargaison précieuse d’un endroit à un autre – et vous êtes simplement le camion. La seule préoccupation de ce camionneur est de garder son camion bien alimenté et d’éviter les accidents au cours de son segment de l’éternel voyage. Plus le Primitive Mind est important dans votre tête à tout moment, moins vous êtes comme une entité indépendante et plus vous êtes comme un camion piloté par un logiciel automatisé.

La difficulté est qu’il n’y a qu’un seul cerveau pour les deux esprits, ce qui les plonge dans une lutte pour le pouvoir. Lorsque le Higher Mind est aux manettes, son bâton illumine l’espace de conscience de soi, offrant une vision claire du Primitive Mind dans toute sa bêtise, rendant ainsi difficile les entreprise sournoises du Primitive Mind

Mais lorsque la roue tourne, le flambeau du Primitive Mind grandit de même que son influence et la pièce devient de plus en plus enfumée. Plus il y a de fumée, plus elle bloque la lumière du Higher Mind, ce qui lui coupe l’accès à son humain et l’empêche de faire son travail.

L’être humain dont la conscience de soi est dissimulée par la fumée ne réalise pas que son esprit a basculé en mode automatique. Il est guidé par le logiciel du Primitive Mind et son Higher Mind est incapable de revenir aux manettes. C’est alors que les humains commencent à causer des problèmes, pour eux-mêmes et pour les autres.

La lutte sans fin entre ces deux esprits est la condition humaine. C’est la toile de fond de tout ce qui s’est passé dans le monde humain et de tout ce qui se passe aujourd’hui. C’est l’histoire de notre temps parce que c’est l’histoire de tous les temps humains. Nous allons visiter toutes sortes d’endroits dans cette série d’articles et, où que nous allions, souvenez-vous de vous souvenir de la grande bataille du feu et de la lumière.

Chapitre 2 : Un Jeu de Géants

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